Thursday, October 27, 2005

Tonnerre mécanique

Je n’ai pas vécu l’ouragan Katrina, pourtant, je crois savoir ce que c’est, que de nager pour sortir de chez toi. D’abord, prendre ta respiration : inspirer une bonne bouffée d’air pollué - se dire que c’est autant de molécules de monoxyde de carbone qui ne viendront pas noircir ta chemise blanche - puis plonger. Attention hein, ce n’est ni la piscine ni la plage, oula non, c’est la haute mer et tu n’as pas pied. Parce que Delhi est une ville sans trottoirs. Mais alors, du tout. Attends, je ne suis pas sûr de bien me faire comprendre : il y a la maison, le bâtiment, le mur d’enceinte, là, et puis, juste après, ben, il y a la voie de bus, le bitume quoi. Entre les deux ? Non, vraiment, rien - à part éventuellement une blatte de 1,20 mètre de long.
Comme tu peux donc l’imaginer pas très bien, le piéton n’est pas exactement chez lui. Il navigue en milieu hostile, et toute tentative de sa part pour se rapprocher de la bordure de la voie lui conférera au mieux autant de sérénité qu'à un hérisson paraplégique sur la voie de gauche de l’A86, ou bien qu’à Eric Tabarly à la période de sa vie située entre le naufrage du Pen Duick et sa mort. De sorte qu’arrive assez vite le moment où tu en as marre de nager : à l’inverse de Tabarly, il te faut un radeau. Et c’est là qu’intervient le très fameux rickshaw dégueu, la télécabine de Val d'Isère posée sur un Vespa, un engin qui ne fait pas honneur à l’histoire de l’industrie automobile...


Magnifique rickshaw doté de catadioptres en CD-ROM pour plus de sécurité.


Mais ce n’est pas le moment de reprendre sa respiration, car il va te falloir autant de force morale que Winston Churchill pour négocier avec le rickshaw-wallah. J'y reviendrai, oula oui.

Landspeeders avant la course.


En somme, on est assez loin du civisme gaucho-germanique qui confère à chacun sa place bien établie dans la cité, et c’est chouette. Delhi ne ressemble pas à une maquette de train allemande avec des pistes cyclables. Ici, la liberté s’arrête, euh, ben, là où s’arrête celle des autres aussi.
Donc, si tu en as marre d'éprouver les scrupules d’un criminel de guerre nazi ou d’un sniper serbe à chaque fois que tu empiètes sur une voie de bus parisienne ou que tu klaxonnes un vélo avec ta Twingo, viens me rejoindre à Delhi. On s’achètera un camion Tata, et on aura priorité. Sur tout.

3 Comments:

Anonymous Dav said...

non, je ne me sens pas un sniper serbe quand j'empiète sur la voie de bus en scooter... ou plus précisément, si, mais je m'en fous; par contre il m'arrive de souffrir de l'absence de priorité que confère un scooter par rapport à une porsche cayenne sortant du pré conduite par un sépharade bourré et gueulard

mais sur un deux roues il existe une méthode pour compenser cet différence de poids et augmenter le taux de respect dont vous jouissez dans les rues de paris: il s'agit de la prise sur votre deux roues d'un spécimen au torse bombé doté d'une absence partielle ou totale de couverture sur les membres inférieurs, dans ce cas particulièrement apparents au vu de la position suggestive du passager dans cette situation

l'effet peut etre encore renforcé si
1) la position du spécimen est langoureuse, penchée en avant sur le conducteur tout en se tortillant de façon semi-histérique
et/ou
2) elle possède une poitrine généreuse qui appuie sur le dos du conducteur en faisant ressortir des bourrelets des deux côtés

et si ces conditions sont remplis, ils se peut qu'un bonus fasse encore monter votre côte de respect: des gros beaufs dans une bagnole de sport de vendeurs de teuchi du 94 (BMW jaune décapotable, par exemple) siffleront les jambes nues de votre faire-valoir et vous feront des compliments en majorité composés d'eructements rauques et d'enormes sous-entendus accompagnés de clins d'oeil au son de "ouais, mec, cool, ouais, vas-y trop cool, mec"

et là, si vous n'avez toujours pas la priorité sur la porsche cayenne - eh bien c'est normal, tout ca c'est du bidon: achetez un camion tata, il n'y a malheureusement que ca qui marche

27 October, 2005 21:47  
Blogger Adrien said...

Et un spécimen au torse bombé à l'arrière de mon camion Tata sur une voie de bus à Paris ?

C'est bien moche l'heure de Paris de ton commentaire. Remarque, converti en fuseau horaire geek...

Enculé, tu chopes.

27 October, 2005 22:04  
Anonymous Matt Vinz said...

[...]le très fameux rickshaw dégueu, la télécabine de Val d'Isère posée sur un Vespa[...]

Mon Dieu.
Mais que ne l'ai-je vu plus tot.

16 July, 2006 02:27  

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