C’est pas facile de se farcir un pack Acuvue à 8h30 du matin. Non seulement ce n’est pas bon, mais en plus c’est l’horaire auquel on n’a pas faim, et encore moins pour une plâtrée de riz fade sans sel recouvert de sauce aqueuse.
Avant de partir, je fais des photos de la famille du colonel, comme d’habitude le numérique permet d’épater la galerie qui peut aller se contempler sur le petit écran. Lorsque les népalais sont pris en photo, ils ne peuvent s’empêcher de poser d’une manière terriblement guindée – c’est probablement comme ça que se comportaient les occidentaux au siècle dernier, face à un appareil photo. Pour effectuer des portraits un peu vivants, c’est laborieux.
Aujourd’hui, nous partons pour Thulabesi, dernière étape avant la fameuse « remote place », le coin le plus reculé du district et le plus éloigné de notre voyage. Autant dire un mythe pour nous – qu’est-ce qui est plus remote qu’ici ? Qui peuvent donc bien être les bouseux des bouseux ?
Sur le chemin de Thulabesi, on s’arrête encore comme un bus toutes les cinq minutes. La première fois, c’est pour saluer un pote UML du colonel – on s’accorde à constater que celui-ci est torché. La deuxième, c’est pour être rejoint dans notre voyage par un professeur sympathique, Sidiman GC – GC est un nom de famille extrêmement répandu dans le Pyuthan. Sidiman GC ressemble à Noël Mamère habillé des lunettes de Thierry Roland. Nous l’appellerons donc Thierry Mamère. La troisième, c’est pour prendre un thé dans une ferme isolée, tenue par une vieille femme célibataire sans enfants. Elle fut mariée une fois, mais son mari la répudia parce qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants. Elle nous raconte comment, pendant la guerre, les guerriers maoïstes l’ont forcé à les héberger et à les nourrir et l’ont extorqué en plus de 500 roupies. Nombreux sont les civils qui, une fois rackettés par les maoïstes, sont ensuite tués ou dévalisés par l’armée royale pour avoir aidé l’armée rouge.
Entre autres arrêts inutiles, nous avons droit aussi à la contemplation d’un petit pont en béton sans route qui y mène – preuve du développement économique du district, une discussion silencieuse sur un banc devant une échoppe de brosses à dents… ce qui nous fait arriver à Thulabesi environ 4 heures plus tard.
Dès notre arrivée, le colonel et Sidiman GC nous font rencontrer l’ancien maire du village, un Mashal qui ne parle pas anglais. De longues heures de conversation silencieuse avec lui nous rendent si déprimés que nous décidons de fuir le comité pour nous balader dans le village.
Thulabesi est minuscule, sale et assez antipathique. Autant dire qu’étant donné nos têtes de blancs dans ce village arriéré, on se fait rapidement des camarades :
- Un postier mongoloïde qui se décide à nous accompagner le lendemain pour Rajwara, et qui nous confie secrètement, à l’écart des autres, être maoïste
- Un ancien flic de Delhi qui tient aujourd’hui une échoppe de médecine Ayurvedique à Thubalesi
- Les deux fils de l’ex-maire, tous les deux profs, dont l’un souhaite également nous accompagner le lendemain
- Des gosses avec lesquels Benoît joue au tabla pour améliorer l'ambiance. Les joueurs s’avèrent être des dieux : pas très surprenant, vu l’ambiance d’ennui mortel au village
A nouveau, on nous fait visiter les lieux comme des présidents en visite, perpétuellement suivis d’une longue délégation zélée et précautionneuse. Benoît interviewe l’ex-maire Mashal, aidé du colonel et Sidiman pour la traduction. Nos différents linguistiques ne parviennent pas à camoufler sa connerie, il est conservateur et peu ouvert, mais réellement gentil. Plus tard dans la soirée, il reviendra complètement torché.
Benoît réalise dans la foulée l’interview d’un jeune infirmier de passage à Thulabesi, qui tient la seule infirmerie du district à quelques vallées d’ici. C’est l’occasion de poser des questions sur la situation sanitaire et médicale pendant la guerre et depuis. Selon lui, les maux les plus courants sont le mal de ventre – beaucoup de villageois meurent de diarrhées, ce qui ne nous surprend peu, ainsi que l’intoxication respiratoire : les népalais, qui cuisinent chez eux sans cheminée, finissent par mourir de maladies pulmonaires. Et oui, bien qu’ils possèdent souvent un Nokia dernière génération alors qu’il n’y a pas de réseau, personne n’a encore inventé la cheminée au Népal.
Malgré tout, on est extrêmement bien accueillis par l’ex-maire dans sa baraque insalubre ; à tel point que sa famille nous fera dormir dans leur grande chambre tandis que la famille et le reste de l’équipe dormiront les uns sur les autres dans la chambre attenante.
Avant de partir, je fais des photos de la famille du colonel, comme d’habitude le numérique permet d’épater la galerie qui peut aller se contempler sur le petit écran. Lorsque les népalais sont pris en photo, ils ne peuvent s’empêcher de poser d’une manière terriblement guindée – c’est probablement comme ça que se comportaient les occidentaux au siècle dernier, face à un appareil photo. Pour effectuer des portraits un peu vivants, c’est laborieux.
Aujourd’hui, nous partons pour Thulabesi, dernière étape avant la fameuse « remote place », le coin le plus reculé du district et le plus éloigné de notre voyage. Autant dire un mythe pour nous – qu’est-ce qui est plus remote qu’ici ? Qui peuvent donc bien être les bouseux des bouseux ?
Sur le chemin de Thulabesi, on s’arrête encore comme un bus toutes les cinq minutes. La première fois, c’est pour saluer un pote UML du colonel – on s’accorde à constater que celui-ci est torché. La deuxième, c’est pour être rejoint dans notre voyage par un professeur sympathique, Sidiman GC – GC est un nom de famille extrêmement répandu dans le Pyuthan. Sidiman GC ressemble à Noël Mamère habillé des lunettes de Thierry Roland. Nous l’appellerons donc Thierry Mamère. La troisième, c’est pour prendre un thé dans une ferme isolée, tenue par une vieille femme célibataire sans enfants. Elle fut mariée une fois, mais son mari la répudia parce qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants. Elle nous raconte comment, pendant la guerre, les guerriers maoïstes l’ont forcé à les héberger et à les nourrir et l’ont extorqué en plus de 500 roupies. Nombreux sont les civils qui, une fois rackettés par les maoïstes, sont ensuite tués ou dévalisés par l’armée royale pour avoir aidé l’armée rouge.
Entre autres arrêts inutiles, nous avons droit aussi à la contemplation d’un petit pont en béton sans route qui y mène – preuve du développement économique du district, une discussion silencieuse sur un banc devant une échoppe de brosses à dents… ce qui nous fait arriver à Thulabesi environ 4 heures plus tard.
Dès notre arrivée, le colonel et Sidiman GC nous font rencontrer l’ancien maire du village, un Mashal qui ne parle pas anglais. De longues heures de conversation silencieuse avec lui nous rendent si déprimés que nous décidons de fuir le comité pour nous balader dans le village.
Thulabesi est minuscule, sale et assez antipathique. Autant dire qu’étant donné nos têtes de blancs dans ce village arriéré, on se fait rapidement des camarades :
- Un postier mongoloïde qui se décide à nous accompagner le lendemain pour Rajwara, et qui nous confie secrètement, à l’écart des autres, être maoïste
- Un ancien flic de Delhi qui tient aujourd’hui une échoppe de médecine Ayurvedique à Thubalesi
- Les deux fils de l’ex-maire, tous les deux profs, dont l’un souhaite également nous accompagner le lendemain
- Des gosses avec lesquels Benoît joue au tabla pour améliorer l'ambiance. Les joueurs s’avèrent être des dieux : pas très surprenant, vu l’ambiance d’ennui mortel au village
A nouveau, on nous fait visiter les lieux comme des présidents en visite, perpétuellement suivis d’une longue délégation zélée et précautionneuse. Benoît interviewe l’ex-maire Mashal, aidé du colonel et Sidiman pour la traduction. Nos différents linguistiques ne parviennent pas à camoufler sa connerie, il est conservateur et peu ouvert, mais réellement gentil. Plus tard dans la soirée, il reviendra complètement torché.
Benoît réalise dans la foulée l’interview d’un jeune infirmier de passage à Thulabesi, qui tient la seule infirmerie du district à quelques vallées d’ici. C’est l’occasion de poser des questions sur la situation sanitaire et médicale pendant la guerre et depuis. Selon lui, les maux les plus courants sont le mal de ventre – beaucoup de villageois meurent de diarrhées, ce qui ne nous surprend peu, ainsi que l’intoxication respiratoire : les népalais, qui cuisinent chez eux sans cheminée, finissent par mourir de maladies pulmonaires. Et oui, bien qu’ils possèdent souvent un Nokia dernière génération alors qu’il n’y a pas de réseau, personne n’a encore inventé la cheminée au Népal.
Malgré tout, on est extrêmement bien accueillis par l’ex-maire dans sa baraque insalubre ; à tel point que sa famille nous fera dormir dans leur grande chambre tandis que la famille et le reste de l’équipe dormiront les uns sur les autres dans la chambre attenante.
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