dimanche 27 mai 2007


Au risque de choquer nos hôtes, on s’autorise encore une fabuleuse grasse matinée jusqu’à presque 8 heures. On n’est décidément pas des anthropologues dévoués, mais ça me permet d’avancer mon Dostoïevski à grands pas.

On décolle pour l’école du VDC (l’équivalent de la commune), où le colonel a une réunion de prévue. On y croise tous les profs que nous avions rencontrés la semaine précédente, dont le super-zélé qui nous salue pratiquement en nous baisant les pieds. Pris d’une petite crise de misanthropie, je demande à m’isoler pour travailler. Ils m’installent dans la bibliothèque, où je peux lire tranquille sans être bombardé de questions sur la France. Du moins, pour quelques dizaines de minutes seulement, car le prof sur-zélé nous rejoint vite pour un commentaire de texte de Dostoïevski simultané à ma lecture, pas très captivant puisqu’il ne connaît pas Dostoïevski. Notre présence ne semblant pas être vraiment requise, on finit donc par fausser compagnie à l’école où la réunion se prolonge, et l’on s’éclipse dans le but de s’offrir des nouilles chowchow à Maachchhi. Leur préparation dure 40 minutes et bientôt, des émissaires envoyés de l’école nous apprennent que le colonel s’impatiente, là-haut. Non seulement nous n’avons aucun cercle d’intimité, mais aussi aucune indépendance de mouvements. On doit donc avaler nos chowchow et remonter en haut de la colline, où l’on retrouve notre colonel en compagnie de quatre vieille meufs, militantes Masal. C’est avec toute cette troupe que l’on s’épuisera à monter durant une heure et demie la pente abrupte qui mène tout en haut du VDC d’Okarkhot, celui dont le colonel est le maire.

En haut, nous sommes accueillis chez la vice-maire, seule femme politique de la région. Sa baraque est assez mignonne, entourée de champs de maïs et de poules. Le hameau perché bénéficie d’une vue à 360° sur les vallées avoisinantes, mais ne dispose pas d’eau, il faut aller la chercher dans la vallée, soit plusieurs heures de marche aller-retour. J’opterai pour l’absence de panorama.

Personne ne parle anglais dans la maison, excepté le colonel. L’un des membres de la famille nous demande, par son intermédiaire, combien d’étages ont les plus grands immeubles à Paris. 46, que je réponds, ce qui ne manque pas de les fasciner. Et comment se déplace-t-on, en bus gouvernemental ? En jeep collective ? Au Pyuthan, le mot « voiture » n’existe pas, au profit de « jeep ».

A peine à quelques mètres de la maison, on dispose d’une très belle vue vers le nord du Népal, et l’on distingue faiblement - exception pour la saison - le Dhaulagiri, un sommet himalayen de plus de 8000 mètres, à proximité du Mustang. Ca nous donne tant envie d’aller voir l’Himalaya que l’on se demande si on se paiera pas, après notre retour à Katmandou, un aller-retour en avion au pied de l’Everest.

La maison n’a pas non plus l’électricité, on nous prête une de ces lampes à LED kwality, à trois pixels et luminosité violette, à peine suffisante pour voir le bouton on-off. Les LED sauvent le Népal.

A la nuit tombée, après une rave-party déjantée aux côtés de Kirsten Dunst, Benoît parvient à effectuer une interview de notre hôtesse, seule femme vice-maire de tout le Pyuthan. A certaines questions, notamment concernant la place des meufs dans son parti, elle ne répond pas, probablement par peur de critiquer le parti devant des responsables politiques locaux comme le colonel.