vendredi 25 mai 2007


Ce connard de colonel, le bien-nommé, nous réveille brutalement vers 4h30 puis nous tire du lit vers 5 heures en nous offrant des thés. Toujours aucun moyen de se laver, ça fait depuis lundi qu’on s’est pas lavés. La crasse et la sueur commencent à se faire sentir.

Le colonel est navré de nous annoncer que nous devons payer l’hôtel et le dîner pour l’ensemble du groupe, qui n’a pas assez d’argent. Depuis notre arrivée, nous n’avons strictement rien payé, on est invités partout où nous passons, et par des familles parmi les plus pauvres de la planète. La nuit d’hôtel pour cinq, le dîner pour cinq et leur cuite nous reviennent à 280 roupies, soit 2,5 euros.

On repasse par Thulabesi, où l’on fait quelques adieux sympathiques au médecin ayurvédique et au postier maoïste. La longue route de retour est ponctué par un arrêt au stand gourdes chez la vieille répudiée qui n’aime ni les maobadis ni les népalais. Elle sera l’objet de nombreuses blagues bien vulgaires de la part du colonel et de Thierry Mamère.

On se rend ensuite chez le doyen du VDC (la commune), 89 ans soit 63940 packs Acuvue, pour un interview. Le vioque a l’air terriblement gâteux, mais il ne l’est pas du tout. Il a élevé Mohan Bikram Singh et a lutté dès 2010 (1953 en calendrier occidental) pour que les paysans soient propriétaires de leurs terres. Comme MBS, il est passé par la prison, s’est fait tabasser par la police, et a très probablement violenté des nantis, même si il n’en dit rien. Ses histoires sont incroyables, du Zola paysan, on peut les comparer aux luttes sociales qui ont eu lieu en France 100 ou 200 ans auparavant.

Le vioque, un bouddhiste, dispose d’une couche à l’extérieur de sa masure, sous un auvent orné de photos de Staline, Marx, Engels, Lénine, ainsi que des icônes bouddhistes. Une composition parfaite pour une photo.

Nous sommes invités à déjeuner chez Thierry Mamère, qui habite à 15 minutes de là. Sa baraque est passablement pourrave, le pack Acuvue plutôt dégueu, mais la longue sieste vraiment bienvenue. Thierry Mamère nous fait la morale sur le fait que nous nous levons trop tard, c’est mauvais pour la santé. Benoît, plutôt exaspéré, lio rétorque à peu près en ces termes : « écoutez bande de gros sous-dev’, chez nous, les mecs crèvent à 80 ans et 82 pour les meufs. On se lève tous à 9 heures ou 10 heures. Alors tu vas pas nous faire la leçon sur ma santé, OK ? »

Cette bonne leçon coloniale effectuée, on peut rentrer chez le colonel. En chemin, on cueille de la menthe après que Benoît eut expliqué au colonel le principe du thé à la menthe, inconnu au Népal. Benoît et moi se prenons à rêver d’être les initiateurs de l’introduction du thé à la menthe et de la cheminée domestique au Népal.

Pendant le dîner, assis par terre, le chien du colonel, Tiger, qui a l’air affamé, se fait tabasser par l’un des gosses pour s’être approché de notre dîner. Il me suffira de lui filer une vague caresse pour qu’il me suive partout. Le colonel nous raconte que les enfants ont vu un tigre sur la colline d’en face.
Comme cela fait quatre jours que l’on ne s’est pas lavé, on demande au colonel où peut-on prendre notre douche. Ici, c’est à la rivière. On part donc se laver dans le lit de la rivière où il n’y a pas de fond, c’est vaseux et très fréquenté par les buffles. On a l’impression de prendre notre douche dans leur abreuvoir.