Réveil vers 6h30 par la salope qui, attentionnée, souhaite éviter que nous rations notre bus. On fait nos sacs, je moule un caca bouseux, nous faisons nos adieux à toute la famille et nous nous rendons à l’ « arrêt de bus » de Maachchhi. Chose incroyable, le bus est pratiquement à l’heure – à peine un quart d’heure de retard.
Le voyage vers la capitale du Pyuthan, censé durer une petite heure, dure bien entendu plus de 2 heures. L’ordre cosmique est respecté puisque le bus se retrouve coincé dans une montée en terre vertigineuse, pas loin de Khalanga, derrière un autre bus en panne qui répand un liquide vital sur son essieu avant. Après une expertise mécanique implacable, je présage une immobilisation de plusieurs heures, et l’on décide par conséquent de continuer à pied. Mais cette fois, on a nos sacs complets sur le dos, il est 10 heures, la chaleur est éreintante, on génère des hectolitres de sueur gluante. Deuxième évènement incroyable de la journée, la colonne de bus coincés dans la montée finit par repartir et l’on grimpe dans le notre à son passage. Mon expertise mécanique est un tantinet mise à mal – et où est passé le liquide vital ? Surtout, ne nous imaginons pas qu’il s’agisse de liquide de frein.
Arrivés à Khalanga, on se rend directement chez Ramesh Rajbhandari, un député UML (communiste) du parlement népalais et ami de Benoît. Le type est très sympa malgré son anglais très limité, et son appartement, situé en haut d’une maison inachevée en béton, nous plaît beaucoup. Le béton armé mis à nu participe à une esthétique palais de Tokyo délocalisé, mais surtout, il dispose donc d’une terrasse avec vue fabuleuse sur presque tout le Pyuthan. On hésite à surnommer Ramesh « Adolf » à cause de sa coupe de cheveux et sa moustache, mais ça ferait beaucoup de nazis.
On rempile clairement les poupées russes : Khalanga est la capitale politique du Pyuthan – 5000 habitants, certains ont l’eau du robinet – et Ramesh a une vie nettement moins « remote » que ce que nous avons vu. C’est relativement propre, il lui arrive de faire la bouffe et la vaisselle à la place de sa femme, et il n’a que deux enfants. Un dangereux libéral, en somme.
On rouille sévère chez Ramesh, on absorbe notre pack, plutôt correct, avant de partir se balader « en ville » en fin d’après-midi. Le but de la balade : trouver un endroit capable de servir à la fois nouilles chow-chow et coca. Ca ne s’avère pas possible, alors on s’offre des cocas qu’on embarque dans un petit resto tout à fait dégueulasse, de quoi filer des infarctus à l’ensemble de la brigade de l’hygiène. Mais ils ont des chow-chow.
On doit aussi s’occuper de nos billets d’avion Butwal-Katmandou. A Maachchhi, on avait bien trouvé une pharmacie qui avait pris en charge le processus (le gros du travail consistait à finaliser un coup de téléphone sans coupure de ligne, ce qui pouvait prendre une journée entière), mais Rajendra Bikram Singh a interrompu tout le processus juste lorsque nous allions obtenir nos billets, probablement vexé par notre initiative. Trois jours plus tard, nous n’avons donc toujours pas nos billets. Depuis un STD de Khalanga, on apprend sans surprise que nos billets ne sont pas prêts, le processus est incompréhensible, on souhaite cette fois nous faire passer par Mohan Bikram Singh. En attendant de l’appeler, on visite le stade de Khalanga (un terrain vague plein d’ordures et un but sans filet dans lequel une vache rachitique farfouille), ainsi que le camp militaire, jamais attaqué pendant la guerre grâce à sa situation super favorable (Khalanga domine les trois vallées environnantes). Un dernier coup de fil à RBS, miracle, il semblerait que l’on ait enfin nos billets d’avion.
Le soir venu, on s’installe sur la terrasse contemporaine de la maison de Ramesh tant la vue est belle. Le soleil se couche, la lumière est superbe d’autant qu’au loin apparaît un gigantesque feu de forêt, à une trentaine de kilomètres de là. Quant à nos questions sur les dégâts, les pompiers, Ramesh explique qu’il n’y a personne là-bas, et que des gens viendront probablement tenter de l’éteindre le lendemain.
Avec tact, nous abordons le sujet délicat de l’heure du réveil avec Ramesh, on lui explique donc que les occidentaux se lève un peu plus tard. C’est le moment de suggérer un petit 7h comme heure de réveil du lendemain. Ramesh semble comprendre parfaitement. On est grisés par notre stratégie et notre sens de la diplomatie.

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