Ce matin, le prof super-zêlé doit venir nous chercher à 7 heures pour nous emmener à Tusara, un autre VDC dans lequel Benoît veut rencontrer des maoïstes. On appellera désormais notre guide Adolf Eichmann en raison de son zèle fabuleux.
Adolf Eichmann se pointe avec 40 minutes de retard, ce qui n’est pas très sérieux pour un fonctionnaire zêlé.
Il a beau être 8 heures du matin, le chemin vers Tusara est pénible, il fait chaud et la pente est raffarinesque. On s’arrête chez Eichmann quelques heures, il nous présente sa famille, un pigeon loge chez eux, une fille de la famille nous prépare un dhalbat pas trop mal. Nos bide gavés de riz, on se rend à quelques dizaines de minutes de là, toujours plus haut, pour interroger un responsable UML (communiste). Le type est sympa, mais je m’endors pendant l’interview – la faute au dhalbat. L’interview dans leur foyer est l’occasion d’observer une conversation conjugale typiquement népalaise : lorsque le mari dit « pani » (eau), sa meuf part instantanément chercher de l’eau, probablement à 40 minutes de là.
Deuxième interview, celui d’un jeune maobadi qui nous raconte comment il a transporté des M16 pour l’armée du peuple de Shaolibang à Rajwara, c'est-à-dire une vallée au nord du Pyuthan. Adolf Eichmann traduit consciencieusement, gêné, tandis que le militant UML reste présent.
On repasse prendre un apéro chez Eichmann Sur le chemin du retour, il nous sert ses meilleurs biscuits qu’on massacre avec trop peu de politesse et de scrupules. Après des adieux à la sympathique famille, et l’on entame la descente vers Maachchhi. Le chemin est très raide, mais joli. On y croise un type bourré, des salopes, et des vaches qui montent à flanc de coteau, tels des chamois des alpes. Eichmann nous confirme que les agriculteurs se tapent effectivement cette horrible montée tous les soirs de leur vie.
La deuxième maison d’Eichmann se situe dans la vallée, juste en face de Maachchhi. Benoît interviewe son oncle, je le prends en photo pourvu de son tee-shirt « Goa Beach », assis sur une chaise de bureau pliable. Eichmann nous supplie de rester dormir chez lui tandis que la nuit tombe, mais l’on préfère rentrer et se séparer de lui, avec toutes nos excuses possibles.
De retour au camp de base, on a l’impression la famille de notre hôte ainsi que la salope, souhaitent se faire interviewer. On a beau leur expliquer que cela nous ne nous enchante pas ce soir, ils restent pour une longue conversation silencieuse dans la chambre, alors qu’on rêve d’aller se coucher. En dernier recours, je mime un endormissement spontané pour les faire partir.
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